En prévision de la sortie du prochain album de Voivod, Target Earth, nous avons eu la chance de nous entretenir avec Michel “Away” Langevin, le batteur du groupe. Nous avons discuté du processus de création du plus récent opus, composé des premières pièces composées depuis la mort de Denis “Piggy” D’Amour en 2005, du retour sur scène du groupe depuis 2008 avec Jean-Yves “Blacky” Thériault à la basse, et de l’art visuel de Away, entre autres.

Thorium – Comment s’est déroulée l’écriture de l’album Target Earth?

Away – en fait, ça s’est déroulé très naturellement, malgré que ça aie pris quelques années de tournée avant qu’on se décide à commencer à composer. Je dirais qu’après avoir tourné en 2008 et 2009, on s’est sentis confiants et c’est au début de 2010 qu’on a commencé à penser à un nouvel album. À ce moment là, Dan (“Chewy” Mongrain) et Blacky avaient déjà fait une maquette de deux chansons, à la basse et à la guitare. Snake et moi avons été vraiment impressionnés. Ça sonnait beaucoup comme Dimension Hatröss et on trouvait ça cool d’avoir l’opportunité de mettre notre grain de sel là-dedans et notre côté voivodien à ce qu’ils avaient composé. Ensuite, on a décidé de faire des sessions d’improvisation enregistrées, on a trouvé des super bons bouts là-dedans que Blacky et Dan ont réarrangés en chansons de Voivod. C’est surtout eux qui ont été impliqués dans l’écriture, moi, j’avais deux requêtes en particulier: qu’on aie une chanson qui aie un beat Motörhead, qui est devenue  Kluskap O’Kom, basée sur la mythologie Mic Mac, et qu’on aie une chanson qui sonne un peu comme Ripping Headaches sur l’album Rrröööaaarrr, qui est devenue Corps Étranger, notre première chanson en français. En gros, le processus a été vraiment naturel. On a travaillé fort, et longtemps, pendant deux ans, mais ça c’est vraiment bien déroulé.

T- Vous nous aviez dit avec Infini que ce serait le dernier album de Voivod, mais la force créative de Chewy a dû amener beaucoup?

A- Oui, ça et le retour de Blacky nous a ramené vers le thrash metal progressif qu’on faisait dans les années ’80. Tout ça nous a énergisé, puis maintenant, le vent nous porte. On a joué en octobre partout en Europe, à Moscou pour la première fois, les salles étaient pleines. Ça va vraiment bien pour nous.

T- Vous avez joué quelques chansons déjà de Target Earth en spectacle. Est-ce que la réaction du public a été positive?

A- Oui, ça marche vraiment bien avec le reste du catalogue. On change notre spectacle à chaque soir, mais il y a quatre pièces qu’on a testé lors des deux dernières années et la réaction a été excellente.

T- On a pu voir ça notamment au Heavy MTL et au Rockfest de Montebello cette année. Parmi tous les festivals que vous avez fait depuis votre retour sur scène en 2008, lequel était le plus trippant?

A- Oh boy! Les deux Heavy MTL qu’on a fait étaient vraiment cool, comme nos deux présences au Rockfest. Le Wacken, en Allemagne, c’était excellent. Le bateau croisière (70,000 Tons of Metal) était fou, on a aussi eu le Hellfest, le festival à Moscou… Je crois pas qu’on va faire Heavy MTL ou le Rockfest en 2013 parce qu’on les a fait cette année. Cette année on a fait le Festival d’Été de Québec, on a ouvert pour Avenged Sevenfold, c’était incroyable parce qu’il y avait tellement de monde! On a eu une bonne run depuis 2008.

T- Parlant du Rockfest, on a pu y voir la personnalité un peu explosive de Blacky, qui n’avait pas l’air très content de jouer un set de seulement une demi-heure. Il a l’air assez difficile à suivre ou à endurer, non?

A- (rires) C’est un peu comme tu dis, il est vraiment explosif! Il était comme ça quand je l’ai connu à la polyvalente, donc j’ai pas l’impression qu’il va changer. Il avait l’air assez insulté, mais il a droit à son opinion!

T- Je me souviens aussi d’un spectacle que vous aviez fait le jour de sa fête il y a quelques années, il était quelque chose à voir!

A- Oui, c’était quelque chose! On a enregistré l’album live Warriors of Ice ce spectacle-là, au Club Soda, et notre management a eu la brillante idée d’aller nous chercher un sponsorship de Jagermeister, ça n’aide pas! On a été capables d’enregistrer le spectacle quand même et d’en faire un bon album live.

T- Pendant la période d’inaction de Voivod, tu as eu beaucoup de projets. Est-ce que le retour de Voivod était quelque chose que tu avais toujours en tête?

A- Je savais qu’éventuellement, Snake, Jason (Newsted, ex-Metallica) et moi allions finir l’album Infini qu’on avait commencé en 2004 avec Piggy, mais la tournée qui a commencé en 2008, c’était supposé être un spectacle à Heavy MTL. Ça a finalement été transformé en longue tournée et ça a fini avec un nouvel album. C’était pas nécessairement prévu. Ça a mis un terme à mes autres projets comme KosmosLes Ékorchés, et quelques autres choses. Depuis 2008, j’ai mis tout ça de côté, mais je continue de faire des dessins pour des particuliers, des groupes qui veulent des pochettes de disques ou des t-shirts, et je fais beaucoup de design de tatouages, même si je n’en ai pas moi-même.

T- Tu ne t’attendais pas à des proportions aussi grandes pour le retour de Voivod?

A- Pas vraiment. Dan a vraiment été accepté tout de suite dans le groupe. Après quelques années de tournée avec le matériel des années ’80, on a senti le besoin d’écrire des nouvelles chansons. Tout c’est fait graduellement finalement.

T- Chewy et Blacky ont participé l’année dernière au battle of the bands qui a mené au Heavy MTL. Est-ce que ça a amené quelque chose au groupe?

A- Je ne sais pas, je n’ai pas été à ces soirées là, mais j’ai trouvé ça cool comme concept que Dan et Blacky participent à la sélection des groupes qui allaient jouer au Heavy MTL.

T- Est-ce que tu aurais des conseils à donner aux jeunes groupes qui participent à ce genre d’événements?

A- Je ne peux pas donner de conseils à court terme, mais ça fait trente ans que je fais ça et je peux donner quelques suggestions à long terme. Toujours rester humble et ne pas s’enfler la tête, ça serait le premier conseil que je donnerais aux jeunes bands. Tu rencontres le même monde en descendant qu’en montant. J’ai vu des histoires incroyables arriver à des compatriotes dans d’autres groupes qui se sont enflés la tête, et tu peux être sûr que quand ça commence à mal aller, les gens en profitent pour se faire justice. Si tu es cool avec tout le monde, tu vas te faire renvoyer des ascenseurs. Sinon… bonne chance.

Après 30 ans de Voivod, peux-tu dire si des choses ont changé? Est-ce que c’est plus difficile de vendre un album?

A- C’est plus difficile de vendre des copies physiques, mais on en vend énormément au kiosque de merch. On vend beaucoup aussi sur iTunes, c’est surprenant. En ce qui a trait aux tournées, ça se ressemble beaucoup. C’est toujours la même famille, Voivod, avec des nouvelles générations qui s’ajoutent. Ça reste toujours une belle aventure pour nous de voyager. C’est sûr que les ventes physiques de CD ont beaucoup baissé par contre.

T- Et quelle est ton opinion sur la scène musicale? Est-ce que les gens ont changé, ou les opinions se ressemblent après trois décennies?

A- Dans certains pays, comme au Chili, il y a un énorme mosh pit comme dans le milieu des années ’80, les grosses années du thrash metal. Par contre, la plupart des places en Europe n’ont plus une atmosphère aussi hardcore que dans les années ’80. L’ambiance est beaucoup plus heureuse, comme si la famille de Voivod se réunit. Le metal a toujours été en santé. Même quand le profil était un peu plus bas dans le temps du grunge, on continuait à faire des gros festivals. La baisse du metal a été très courte, ça a repris en ’94-’95, Pantera était géant, Fear Factory apparaissait, tout revenait en force. Pour moi, ça a été une longue aventure, avec deux tragédies: L’accident de 1998 en Allemagne ( NDLR: où Eric Forrest, maintenant avec Beyond Creation, a été sérieusement blessé) et le décès de Piggy en 2005, évidemment.

T- Il y a beaucoup d’inspiration sci-fi derrière Voivod, mais aussi derrière ton travail en arti visuel et en graphisme. D’où vient ton inspiration, ta passion pour le sci-fi?

A- Je dirais que mes premières influences étaient dans la télévision: Au delà du réel, Au pays des Géants, des vieux films comme L’homme qui rétrécit ou d’autres qui avaient des thèmes nucléaires, radioactifs. Ma première influence au côté du dessin était quand j’avais quatre ou cinq ans, c’était Atomas la fourmi atomique, c’était le premier dessin que j’ai fait et je n’ai jamais arrêté depuis. Devenu adolescent, la revue Métal Hurlant a été un impact important. J’ai commencé à développer le concept de Voivod à cette époque là dans le but de faire des bandes dessinées pour le magazine. Mes influences, rendu là, c’était Moëbius, Bilal… Juste avant, j’étais un gros fan de Philémon, de l’artiste Fred, ça m’a marqué avec son univers fantastique et surréaliste. J’ai eu une poussée vers l’avant avec Eraserhead de David Lynch, et un peu après avec le premier Alien. Ensuite, ça s’est développé avec le mouvement cyberpunk des années ’80, Mad Max, Blade Runner, ces trucs-là. J’ai toujours été influencé par la science-fiction. Quand j’étais vraiment jeune, j’empruntais des livres à la bibliothèque des séries Futur Antérieur et Anticipation, des livres de Philip K. Dick, Arthur C. Clarke ou Isaac Asimov. J’adorais la couverture des livres et ça a été une grande influence pour moi. Je dessinais beaucoup et je copiais la couverture des livres quand j’étais jeune. Étrangement, dernièrement j’ai fait des couvertures de livres sur le metal, donc ça me ramène un peu à cette époque là.

T- Tu as déjà fait des expositions en parallèle à des spectacles. Est-ce que c’est quelque chose que tu fais souvent?

A- C’est plutôt rare. J’en ai fait une cette année dans le cadre le festival Roadburn parce qu’on était commissaires pour le festival, on choisissait les bands pour la journée principale, donc j’avais une exposition dans une galerie adjacente. Énormément de travail, mais bon. J’ai un livre d’art, et j’avais amené des imprimés et j’en ai vendu tout plein. C’était une belle expérience.

T- Est-ce que ça serait une expérience que tu serais prêt à répéter à Montréal?

A- À Montréal j’ai des pièces en permanence à la galerie Sans Issue, qui est sur la rue Roy, pas loin de Saint-Laurent. J’ai déjà fait des expositions aux États-Unis avec d’autres artistes, surtout des gens qui sont musiciens et qui font les dessins pour leur groupe. Dans le cadre d’expos du genre, ça m’arrive une fois de temps en temps. Je n’expose pas très souvent.

L’album Target Earth sera disponible le 23 janvier prochain sous Century Media.

VOIVOD – Mechanical Mind by Century Media Records

VOIVOD – Target Earth by Century Media Records

VOIVOD – Kluskap O’Kom by Century Media Records

Auteur : Phil Mandeville

Photo : Archives Thorium, Julien Carrier (Festival d’Été de Québec 2011)